Réflexions sur mon expérience avec la photographie

À l’exception d’une photo de Noël de la famille ou à l’occasion d’un pique-nique occasionnel, mes parents n’ont jamais été enclins à capturer les grands moments de la vie ni les splendeurs de la nature. Mon père a éprouvé certaines difficultés quand la camera Polaroid est entrée sur le marché, étourdi par les boutons sur lesquels il fallait appuyer à un moment très précis afin d’obtenir une image.

Ma première caméra, et par conséquent mon incursion dans la photographie, a été acquise parce que quelqu’un m’a recommandé de m’en procurer une lors de mon voyage en Europe (à destination de l’Autriche, en 1969). À cette époque-là de ma vie, je n’avais pas encore développé un goût pour ce côté visuel et artistiquement créatif de ma personne. Je me souviens d’ailleurs que c’est un de mes parents qui a choisi la caméra, et qu’elle était plutôt banale.

Les images que j’ai prises cet été étaient en noir et blanc. Je n’ai touché à une caméra que cinq ans plus tard, lorsque j’ai commencé à développer les compétences rudimentaires qui m’avaient été enseignées lors d’un cours de studio auquel j’ai pu m’inscrire grâce au programme auquel j’appartenais. Ce fût un moment de répit bien nécessaire vu les rigueurs de mon programme de préparation pour la faculté de médecine.

Au printemps 1974, la caméra a surtout servi à capturer des images en faible définition des ponts, et des silhouettes en diagonale de chalutiers à poutres en bois. Ces derniers étaient généralement considérés comme des bateaux de jour. Les vieux navires rouillés, qui avaient servi après la deuxième guerre mondiale, amarrés dans les nombreux quais du front de mer de Portland, arboraient maintenant des teintes de couleur passant du brun à l’orange.

Je hantais ces lieux non-embourgeoisés chaque fois que je le pouvais, les moments où je ne travaillais pas comme serveur entre les cours du collège et de l’école de médecine. Plusieurs images se trouvant dans ces quelques rouleaux de film que j’ai pris à cette époque ont servi de référence pour la peinture sur l’aquarelle sur laquelle je me suis concentré au cours des 15 années suivantes. Ma curiosité avait été attisée en observant mon frère Peter s’attaquer avec succès aux peintures à l’huile ainsi qu’aux aquarelles en utilisant des compétences qu’il avait acquises à l’université, suite à une mineure en arts. Cela m’a encouragé à retranscrire ce que je pouvais observer sur la toile.

Dans les années qui ont suivi, je suis devenu beaucoup plus conscient et même parfois obsédé par mes sensibilités visuelles qui se manifestaient le plus souvent en fin d’après-midi lorsque les couleurs et les ombres arboraient une valeur et une tonalité nouvellement acquises. Cette tonalite était aussi pour moi un mystère captivant. Ma tendance à entreprendre de nombreux projets en même temps, certains d’ailleurs qui ne favorisaient aucunement la créativité, a engendrée certains conflits, ce qui m’a poussé petit à petit vers la caméra numérique. Elle m’a servi en quelque sorte d’exutoire, comme un moyen d’échapper à cette tension qui embrume le moment présent. J’aimais croire, peut être en vain, que ce que je photographiais pourrait un jour se retrouver sur l’une de mes toiles.

En dépit de mon manque de connaissance quant à la relation qu’entretient l’indice d’ouverture à la vitesse de roulement du film, je tente néanmoins d’extraire la substantifique moelle des images en tournant l’objectif de la caméra dans la direction du soleil et en appuyant partiellement sur le bouton de l’obturateur pour réaliser ce qu’un photographe expérimenté pourrait accomplir s’il savait comment s’y prendre en manipulant les paramètres susmentionnés. Il me faudrait beaucoup de temps libre pour examiner les images que j’ai numérisées dans ma vie d’aujourd’hui; c’est d’ailleurs une conséquence directe des avantages que procurent le numérique par rapport à l’argentique.

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